Ministère des Armées

avis 20165302 - Séance du 9/03/2017

Maître X, X, a saisi la commission d’accès aux documents administratifs, par courrier enregistré à son secrétariat le 23 novembre 2016, à la suite du refus opposé par le ministre de la défense à sa demande de copie du rapport d’enquête rédigé par le contre-amiral X, inspecteur des armes nucléaires mandaté par le ministère de la Défense, relatif à l’exposition aux rayonnements ionisants et neutroniques des personnels affectés à l’Île Longue.

En réponse à la demande qui lui a été adressée, le ministre de la défense a dans un premier temps indiqué à la commission que les documents sollicités étaient couverts par le secret de la défense nationale et qu’à ce titre, ils ne pouvaient pas être communiqués en application des dispositions du b) du 2° de l’article L311-5 du code des relations entre le public et l’administration.

La commission rappelle d’abord que l’article 413-9 du code pénal prévoit que « présentent un caractère de secret de la défense nationale (…), les documents, informations, (…) intéressant la défense nationale qui ont fait l’objet de mesures de classification destinées à restreindre leur diffusion ou leur accès » et que l’article R2311-6 du code de la défense dispose : « Dans les conditions fixées par le Premier ministre, les informations et supports classifiés au niveau Secret-Défense ou Confidentiel-Défense, ainsi que les modalités d’organisation de leur protection, sont déterminés par chaque ministre pour les administrations et les organismes relevant de son département ministériel ». Il résulte de ces dispositions que ne peuvent être réputés présenter un caractère de secret de la défense nationale que les renseignements, procédés, objets, documents, données informatisées ou fichiers intéressant la défense nationale qui ont fait spécialement l’objet d’une classification par l’autorité compétente dans les conditions prévues par le code de la défense (CE 25 mai 2005, Assoc. Reporters sans frontières et a., n° 260926, Rec. Lebon T. 707). En outre, selon l’article 4 de l’instruction générale interministérielle n° 1300 sur la protection du secret de la défense nationale, approuvée par un arrêté du Premier ministre du 30 novembre 2011, « la décision de classifier au titre du secret de la défense nationale une information ou un support a pour conséquence de le placer sous la protection de dispositions spécifiques du code pénal. L’apposition du marquage de classification constitue le seul moyen de conférer cette protection particulière. »

La commission rappelle que le secret des documents classifiés au titre du secret de la défense nationale en application de l’article 413-9 du code pénal revêt le secret d’un caractère protégé par la loi, au sens du h du 2° de l’article L311-5 du code des relations entre le public et l’administration. En outre, en vertu du b du même 2°, ne sont pas communicables les documents dont la communication porterait atteinte au secret de la défense nationale, même quand ils ne sont pas classifiés, pendant le délai de cinquante ou cent ans fixé au 3° du I de l’article L213-2 du code du patrimoine et au deuxième alinéa du 5° de ce I, à l’exception des documents dont la communication est susceptible d’entraîner la diffusion d’informations permettant de concevoir, fabriquer, utiliser ou localiser des armes nucléaires, biologiques, chimiques ou toutes autres armes ayant des effets directs ou indirects de destruction d’un niveau analogue (armes dites « de destruction massive »), qui ne sont jamais communicables.

La commission rappelle toutefois qu’aux termes de l’article L340-1 du code des relations entre le public et l’administration, elle est « chargée de veiller au respect de la liberté d’accès aux documents administratifs et aux archives publiques » . Elle est ainsi compétente pour rendre un avis, sur le fondement du livre III du code des relations entre le public et l’administration, sur la communication de documents administratifs couverts par le secret de la défense nationale (CE, 20 février 2012, Min. de la défense, n° 350382, Rec. Lebon p. 54). L’article R343-2 du code prévoit par ailleurs que « l’administration mise en cause est tenue, dans le délai prescrit par le président de la commission, de communiquer à celle-ci tous documents et informations utiles et de lui apporter les concours nécessaires. (...) ».

La commission rappelle ainsi, en premier lieu, qu’elle a indiqué dans son avis n° 20153938 du 19 novembre 2015 qu’à moins que les informations dont elle dispose ne fassent apparaître que la communication du document, quelle que soit sa classification, porterait en tout état de cause atteinte au secret de la défense nationale, il lui appartient dans ce cadre de vérifier qu’avant que ne soit refusée la communication du document sollicité, qui ne serait possible qu’après déclassification par l’autorité compétente, celle-ci s’est assurée que le maintien de la classification est justifié et en particulier qu’une déclassification partielle du document ne peut être réalisée.

La commission rappelle, en second lieu, qu’elle a précisé dans son avis n° 20124117 du 10 janvier 2013, qu’elle se prononce alors au vu, notamment, de tout élément d’information que l’administration destinataire de la demande lui communique dans des formes préservant le secret de la défense nationale, de façon à lui permettre d’émettre son avis en connaissance de cause sans porter directement ou indirectement atteinte à ce secret. Dans le cas où, estimant que la communication d’un document classifié ne porterait atteinte ni au secret de la défense nationale, ni à un autre intérêt protégé par l’article L311-6 du code des relations entre le public et l’administration, la commission émettrait un avis favorable à la demande, il appartiendrait à cette administration d’engager les procédures nécessaires en vue de la déclassification, totale ou partielle, de ce document par l’autorité compétente.

En l’espèce, le ministre de la défense a précisé dans un second temps à la commission que le rapport rédigé par le contre-amiral X relatif à l’exposition aux rayonnements ionisants et neutroniques des personnels affectés à l’Île Longue, base des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, constituait une information classifiée dont la divulgation porterait atteinte au secret de la défense nationale et que le lien avec la dissuasion nucléaire française des informations contenues dans le rapport sollicité s’oppose à leur déclassification.

La commission considère que le document sollicité est détenu par l’administration dans le cadre de ses missions de service public et qu’il est susceptible de comporter des informations relatives à des émissions dans l’environnement. Elle souligne qu’en vertu des dispositions du II de l’article L124-5 du code de l’environnement, interprétées conformément aux dispositions de la directive du 28 janvier 2003 concernant l’accès du public à l’information en matière d’environnement, l’autorité publique ne peut rejeter une demande portant sur une information relative à des émissions dans l’environnement que dans le cas où sa consultation ou sa communication porterait atteinte à la conduite de la politique extérieure de la France, à la sécurité publique ou à la défense nationale, ou encore au déroulement des procédures juridictionnelles, à la recherche d’infractions pouvant donner lieu à des sanctions pénales ou enfin à des droits de propriété intellectuelle.

La commission, qui regrette que le ministre de la défense ne lui ait fourni aucune information sur la longueur et la structure de ce rapport établi en 1996, ni sur la possibilité de procéder à une déclassification partielle de ce document, comprend de la réponse du ministre que le document sollicité ne peut être communiqué au demandeur après occultation ou disjonction des mentions protégées par le secret de la défense nationale ou que ces occultations priveraient d’intérêt la communication.

Elle estime dès lors, en l’état des informations dont elle dispose, que sa communication serait de nature à porter atteinte au secret de la défense nationale couvert par le b) du 2° du I de l’article L311-5 du code des relations entre le public et l’administration et émet, par suite, un avis défavorable.